Rashid - The Game

Chronique :


C'est au Texas que nous faisons escale à présent, pour une halte dans la grande ville de Houston. Mondialement connue de la recherche scientifique avec le centre spatial Lyndon B. Johnson, la mégalopole s'illustre comme l'une des plus grandes agglomérations des Etats-Unis. Cosmopolite, riche et variée, influencée par divers vecteurs culturels à la croisée des chemins, Houston forte de ses nombreuses facettes, présente également une scène musicale inspirée, très fertile aux cours des années dorées du siècle dernier. Que ce soit sinistre avec Lil'Sin, Jazzy avec Eastside ou résolument G-Funk sur le "Serious" de Madd Hatta, le grand état texan véhicule bien des courants. C'est sur un aspect très Mobb, aux accents granuleux que Rashid nous arrive aujourd'hui, exalté par des influences propres au Funk. C'est donc en 1997, sur le label "E And R Records", sous l'égide de Roshi Johnson, que notre compère nous livre ses impressions lors de onze pistes enflammées. A la réalisation, on retrouve Rashid lui-même, Jeff "Mistro" Cox, Aaron "Od" Jones, Dop-E Blue et Janky. Bien que l'album soit l'œuvre de plusieurs artistes dans son élaboration, l'esprit général est respecté et témoigne d'une régularité exemplaire. Tout est pensé pour couler naturellement. Le style voulu est très lourd et se veut percutant. C'est pourquoi on recense énormément de moog et autres claviers. Le climat général est très dense, gras, épais, presque goudronneux. L'utilisation des gammes est lourde et très appuyée, et on entend fréquemment les rugissements et autres vrombissements d'un moog enragé. D'autres instruments sont à commenter, et les notes lointaines du fidèle piano viennent galvaniser les soupirs étouffés d'une guitare électrisée par Li Lee et Keith Harry. On discerne également les nombreux sifflets adoucir et amortir une mélodie très forte. "H-Town Way" par exemple est une véritable symphonie à la gloire de Houston. Avec un Talkbox en demi-teinte, la sirène se fait continue, magnifiant un morceau servi à la perfection. La plage "Mo'Funk", déclinée en deux parties où l'emploi des claviers diffère, annonce une couleur presque agressive mais travaillée avec subtilité. Quand au titre "Parlay", chargé d'émotions et plus tranquille dans l'acheminement, apparaît comme vraiment G-Funk. Pour ce qui est de la rime, Rashid délivre un phrasé en complète adéquation avec les réalisations constatées. Ainsi, son timbre grave, rude et rocailleux, pourtant très articulé, se distingue lors de phases habilement accordées. Les chœurs ne sont pas en reste non plus, car tout au long d'une écoute enjouée, les refrains de Saron Rodgers ou encore Charlett Williams se répandent avec volupté, ajoutant à la dimension d'un album déjà très appréciable. Quelques apparitions à souligner également. On remarque les prestations, ma foi éloquentes, de Janky, Indo, D-Low, DJ Screw ainsi que Spots lors de couplets débridés.Ainsi, ce "The Game", absent de toutes fausses notes, triomphe aisément comme un classique incontournable en provenance du sud. Riche et assurément acoustique, l'arôme qui s'en dégage demeure unique. Malheureusement un peu bref et proposant finalement que peu de titres, on peut éprouver un brin de frustration, renforcé par le fait que cet opus demeure le seul volume de Rashid enregistré à ce jour, fâcheuse constante du G-Rap.

~ Sharingan Masta ~

Note : 17/20
Disponibilité : Assez rare sans être introuvable non plus.

Aucun commentaire: